venerdì 2 luglio 2010

Lettres inédites aux siens", de Charles Baudelaire

FROM LE MONDE
En juin 1838, Baudelaire a 17 ans, il écrit à sa mère : "Je sens venir la vie avec encore plus de peur. Toutes les connaissances qu'il faudra acquérir, tout le mouvement qu'il faudra se donner pour trouver une place vide au milieu du monde, tout cela m'effraie. Enfin je suis fait pour vivre, je ferai de mon mieux ; il me semble ensuite que dans cette science qu'il faut acquérir, dans cette lutte avec les autres, dans cette difficulté même, il doit y avoir un plaisir."

A posteriori, que nous dit Baudelaire, de ses jeunes années, dans Mon coeur mis à nu ? "Sentiment de solitude. Malgré la famille - et au milieu des camarades, surtout - sentiment de destinée éternellement solitaire. Cependant, goût très vif de la vie et du plaisir." Qu'a-t-il encore senti très vite, et très vivement ? Ensemble, l'horreur et l'extase de cette vie. Quel portrait brosse-t-il de lui sous les traits de Samuel Cramer, héros de La Fanfarlo ? "Comment vous mettre au fait, et vous faire voir bien clair dans cette nature ténébreuse, bariolée de vifs éclairs - paresseuse et entreprenante à la fois - féconde en desseins difficiles et en risibles avortements ; - esprit chez qui le paradoxe prenait souvent les proportions de la naïveté, et dont l'imagination était aussi vaste que la solitude et la paresse absolues ?" Ce qui est frappant ici, c'est la prédestination du poète.

L'amertume des notes laissées sur son enfance ainsi que les "amplifications" de ses biographes dessinent une jeunesse sombre, morose, mélancolique. Et pourtant. Les Lettres inédites aux siens, qui furent écrites entre sa onzième et sa vingtième année - et adressées à son demi-frère, Claude-Alphonse, à sa mère, Caroline, et à son beau-père, Jacques Aupick -, récusent la légende d'une enfance malheureuse.


L'optimisme du général

Le caractère exceptionnel de cette correspondance tient à cette réévaluation. Charles est un gamin gai, charmant, pétulant, hypersensible et d'un naturel passionné. A 17 ans, il n'est pas l'adolescent romantique, farouche et endurci que, souvent, on nous présente. Lisez plutôt : "Il paraît que je n'ai pas du tout l'air d'un philosophe, il n'a tenu qu'à un fil que je redoublasse ma rhétorique. J'ai beau prendre un air grave, mon père et ma mère s'obstinent à me trouver un enfant."

Beaucoup de lettres sont remplies d'excuses, de "prières et de protestations". Charles, souvent, se trouve "en défaut" : il doit gagner un pardon pour n'avoir pas écrit promptement à son frère, pour des résultats médiocres ou pour son indiscipline. Malgré cela, il est capable de briller dans les concours et certains de ses maîtres ne laissent pas de remarquer son esprit distingué. En 1833, le fameux Jacques Aupick - que Charles, dans ses missives, appelle papa, mon bon père ou mon ami de coeur - écrit à un ami : "J'ai retrouvé ma femme bien portante, ainsi que mon mioche qui vient d'entrer en quatrième. Il nous donne satisfaction et contribuera à notre bonheur à venir." On rit de l'optimisme du général !

Aujourd'hui, Baudelaire est le seul écrivain dont nous possédons toutes les lettres - ou peu s'en faut -, comme le souligne Philippe Auserve dans sa préface à cette correspondance. Si l'on en croit le poète lui-même, ces documents sur la jeunesse d'un artiste sont de première importance : "Tel petit chagrin, telle petite jouissance de l'enfant, démesurément grossis par une exquise sensibilité, deviennent plus tard dans l'homme adulte, même à son insu, le principe d'une oeuvre d'art (...). Le génie n'est que l'enfance nettement formulée."


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LETTRES INÉDITES AUX SIENS de Charles Baudelaire. Grasset, "Les Cahiers rouges", 170 p., 8 €.

Vincent Roy

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